Entre compassion sélective et soupçons d’arrangement politique, la décision de libérer l’ancienne mairesse de l’Arcahaie interroge sur la crédibilité du système judiciaire haïtien.
La remise en liberté de Rosemila Petit-Frère, ancienne mairesse de l’Arcahaie, accusée de complot contre la sûreté intérieure de l’État, suscite une onde d’indignation dans l’opinion publique. Officiellement, sa libération aurait été motivée par des « raisons médicales ». Mais dans un pays où des centaines de détenus malades attendent en vain un geste de la justice, cette décision résonne comme un nouveau symbole d’un système à deux vitesses, où la santé, comme la justice, semble dépendre du statut social du détenu.
Selon les déclarations du Commissaire du Gouvernement, Me Fritz Patterson Dorval, l’ancienne élue devait bénéficier de soins spécialisés à l’étranger, mesure présentée comme « un acte d’humanité ». Or, l’empressement avec lequel la procédure a été menée laisse perplexe : un malaise au Parquet, une évacuation d’urgence, et dès le lendemain, une libération provisoire assortie d’un départ à l’étranger. Une célérité administrative rare dans un système judiciaire souvent paralysé par la lenteur et la négligence.
Cette affaire met en relief un contraste saisissant avec celle de Daphcar Rose Salomon, arrêtée en avril 2024 et elle aussi dans un état de santé préoccupant. Malgré de multiples alertes de ses proches et de défenseurs des droits humains, aucune mesure de clémence ne lui a été accordée. Pas de libération, pas d’accès médical spécial, encore moins d’autorisation de sortie.
Pourquoi une telle différence ? Les deux femmes sont détenues dans des conditions similaires, mais leurs profils politiques divergent. Rosemila Petit-Frère, ancienne élue et figure connue, bénéficie soudain d’un traitement médical d’urgence ; Daphcar Rose Salomon, simple citoyenne, reste dans l’attente. Cette disparité de traitement met à nu l’un des maux les plus profonds de la justice haïtienne : sa sélectivité.
Les critiques se multiplient. Juristes, journalistes et observateurs dénoncent une justice où les décisions semblent influencées par les réseaux et les visages, plus que par le droit. Derrière les justifications médicales, certains voient une manœuvre politique : une porte de sortie discrète pour une accusée sensible, dont le maintien en détention pouvait embarrasser certaines sphères du pouvoir.
Les autorités, elles, se veulent rassurantes. Le Commissaire Dorval rappelle que « tout prisonnier malade doit avoir accès aux soins nécessaires ». Une affirmation louable, mais qui contraste douloureusement avec la réalité des prisons haïtiennes : des dizaines de détenus souffrants, parfois en phase terminale, y attendent depuis des mois une simple consultation médicale.
Ce cas illustre la crise de confiance entre la population et les institutions judiciaires. Chaque décision controversée, chaque libération jugée suspecte, érode un peu plus la crédibilité d’un appareil judiciaire déjà affaibli. Quand la justice donne le sentiment de protéger les puissants tout en oubliant les anonymes, elle perd son autorité morale.
Pour beaucoup d’Haïtiens, cette affaire n’est pas un incident isolé, mais le reflet d’un système structurellement inégalitaire, où la loi s’adapte aux visages. L’émotion populaire n’est donc pas tant dirigée contre Rosemila Petit-Frère que contre un mécanisme qui semble systématiquement favoriser les mieux placés.
Personne ne devrait se réjouir de la maladie d’un détenu. Le droit à la santé doit rester un principe universel, applicable à tous sans distinction. Mais l’application sélective de ce principe transforme la compassion en hypocrisie institutionnelle.
Tant que la justice haïtienne ne démontrera pas qu’elle peut soigner et juger avec la même rigueur, elle restera fragilisée par le soupçon. En libérant Rosemila Petit-Frère dans des conditions opaques et inégales, le système envoie un message dangereux : la maladie n’ouvre les portes de la prison que pour ceux qui ont les bons appuis.
Et pendant que certains s’envolent vers l’étranger pour se soigner, d’autres continuent de souffrir dans l’ombre des cellules. Une réalité qui, plus que jamais, montre que ce n’est pas seulement la santé des détenus qui est en jeu, mais celle de la justice elle-même.
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