Au Ghana, des centaines de femmes âgées sont accusées de sorcellerie et bannies dans des “witch camps”. Découvrez l’histoire de ces femmes, la réalité de ces camps, les violences subies et les initiatives pour mettre fin à ces pratiques profondément ancrées.
Ghana : Les “camps de sorcières”, un exil forcé pour des centaines de femmes accusées de sorcellerie
Dans le nord du Ghana, loin des regards, des femmes âgées vivent isolées dans des villages appelés “witch camps” – des camps où sont envoyées celles que leurs communautés accusent de sorcellerie.
Entre peur, superstitions et violences, ces femmes sont condamnées à l’exil, souvent jusqu’à la fin de leur vie.
Un refuge imposé : l’histoire de Bachalibanoya Anaberi
À 85 ans, Bachalibanoya Anaberi est l’une des plus anciennes résidentes du camp de Gambaga, où elle vit depuis plus de 45 ans.
Accusée par les enfants de la seconde épouse de son défunt mari, elle n’a jamais pu retourner chez elle.
Les accusations de sorcellerie surviennent souvent après la mort d’un proche, une maladie ou tout autre malheur. Une explication spirituelle est alors privilégiée, au détriment de la raison.
Des accusations souvent ciblées contre les femmes âgées
Les chercheurs, dont John Azumah du Sanneh Institute, rappellent que :
Les croyances liées à la sorcellerie restent très fortes en Afrique de l’Ouest.
La majorité des accusées sont âgées, veuves, isolées ou pauvres.
Les accusations sont parfois motivées par des conflits familiaux, des questions d’héritage ou de jalousie.
Des “rituels de vérité” arbitraires
Dans certains camps, un rituel détermine prétendument la culpabilité : on observe la position d’un poulet ou d’un pintade égorgé.
Une méthode dangereuse et arbitraire, qui peut condamner une femme même si son “innocence” est prouvée.
Mais même déclarée innocente, rare est celle qui peut retourner chez elle. La stigmatisation reste plus forte que la vérité.
Entre refuge et prison : la vie dans les camps
Les camps comme ceux de Gambaga, Gnani, Kukuo ou Kpatinga accueillent chacun entre quelques dizaines et parfois plus d’une centaine de femmes.
Ils ne sont ni des prisons ni de véritables refuges :
pas de clôture, mais une impossibilité culturelle de partir ;
peur des représailles si elles rentrent chez elles ;
conditions de vie difficiles : manque de nourriture, d’eau, d’accès aux soins.
Certaines femmes vivent avec leurs enfants ou petits-enfants, eux aussi stigmatisés.
Exploitation et abus : un système qui fragilise les plus vulnérables
Des ONG dénoncent régulièrement :
du travail non rémunéré,
des cas de violence ou d’exploitation,
des mariages forcés pour les jeunes filles présentes dans les camps.
Comme l’explique John Azumah :
“Les camps ne sont pas des sanctuaires. Les abus y sont trop nombreux.”
Quelques histoires d’espoir : réinsertion et reunifications familiales
Malgré la difficulté, certaines femmes réussissent à reconstruire leur vie.
✔ Exemple : Ama Somani
Accusée par sa propre nièce, elle a passé quatre années à Gambaga avant de pouvoir être réintégrée grâce à l’action combinée de sa famille, de l’Église presbytérienne et d’ONG locales.
Aujourd’hui, elle rêve de lancer une activité de fabrication de savon.
✔ Exemple : Akolopoka
Après des années passées au camp, elle a pu retourner vivre parmi les siens avant de décéder, entourée de sa famille.
Ces exemples sont rares mais représentent une lueur d’espoir.
“Une fois sorcière, toujours sorcière” : un changement difficile
Même lorsque les familles acceptent un retour, des rituels d’“absolution” sont exigés : sacrifices d’animaux et paiements allant jusqu’à 1 000 cedis.
Pour beaucoup de femmes, c’est une somme impossible à réunir.
La croyance dominante reste :
“Une fois sorcière, toujours sorcière.”
Vers une interdiction des accusations ? Le combat législatif
En 2025, le Ghana a réintroduit l’Anti-Witchcraft Bill, une loi destinée à :
criminaliser les accusations de sorcellerie,
protéger les victimes,
organiser la réinsertion des femmes bannies,
renforcer l’action de la police et des travailleurs sociaux.
Une loi indispensable, selon les organisations de défense des droits humains.
Conclusion : la résilience silencieuse des femmes bannies
Dans les camps du nord du Ghana, des femmes vivent dans un exil invisible, victimes de croyances ancestrales et discriminatoires.Certaines retrouvent leur famille. D’autres ne quitteront jamais leur hutte.
Mais toutes portent la même douleur – et le même courage.
Cherline Ades.
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