En Haïti, la violence sexuelle ne touche pas uniquement les femmes et les jeunes filles. Dans l’ombre, de nombreux hommes sont également victimes de viols perpétrés par des membres de gangs. Un phénomène longtemps passé sous silence, que révèle une enquête du média Ayibopost menée par le journaliste Junior Legrand.
Une réalité occultée dans un pays ravagé par les gangs
Depuis plusieurs années, Haïti fait face à une explosion des violences commises par des groupes armés.
Les agressions sexuelles sont devenues une arme parmi d’autres : enlèvements, viols collectifs, humiliations… entre juillet et septembre 2025, la Mission des Nations unies en Haïti (BINUH) a recensé plus de 400 viols, principalement sur des femmes.
Mais un autre type de victime reste presque invisible : les hommes ciblés par ces violences sexuelles.
Un sujet longtemps ignoré par les médias, les institutions et la société haïtienne.
Un tabou qui enferme les victimes dans le silence
L’enquête de Junior Legrand met en lumière une série de témoignages masculins recueillis à Port-au-Prince et dans plusieurs provinces. Ces hommes racontent une réalité difficile à admettre et encore plus à dire publiquement.
Selon le journaliste :
« En Haïti, un homme, ça ne se fait pas violer. Dans la perception commune, cela n’existe pas. Ce tabou crée un régime de silence qui invisibilise ces victimes. »
Ce silence a des conséquences dramatiques :
Très peu de structures sont capables d’accompagner les hommes victimes.
Les services médicaux et psychosociaux ne sont pas adaptés à leur prise en charge.
La honte, la peur et la stigmatisation empêchent la majorité d’entre eux de parler.
Résultat : ces victimes subissent une double peine – la violence, puis l’absence presque totale de soutien.
« Les hommes souffrent en silence »
Pour Junior Legrand, les témoignages recueillis révèlent une souffrance profonde et souvent solitaire.
« Les hommes souffrent en silence. Certains témoignages sont particulièrement choquants. »
Le journaliste insiste : ces agressions ne sont ni isolées, ni accidentelles. Elles s’inscrivent dans les tactiques de domination des gangs, qui utilisent le viol comme un outil d’humiliation et de contrôle.
Un témoignage qui brise le mur du non-dit
Parmi les victimes interrogées, un jeune homme d’une vingtaine d’années a accepté de raconter ce qu’il a vécu.
Le 18 mai 2019, jour de la fête du drapeau, il se trouvait chez un ami pour célébrer l’événement. Des bandits ont fait irruption dans la maison. Tous les garçons présents ont été violés, sauf le propriétaire des lieux.
Ce cas n’est pas isolé, souligne le journaliste :
de telles attaques sont récurrentes, mais rarement rapportées, documentées ou reconnues.
Une violence à prendre en compte dans un pays au bord du gouffre
Dans un contexte d’insécurité chronique, où les gangs contrôlent de larges zones du territoire, les violences sexuelles sont devenues un instrument de terreur.
Junior Legrand appelle à mettre en lumière les agressions commises contre les hommes, sans nier celles subies par les femmes, mais pour comprendre l’ampleur réelle de la crise.
Reconnaître ces victimes est un enjeu essentiel pour :
créer des espaces de parole
adapter les structures de prise en charge
briser le tabou qui les enferme
- documenter les violences pour mieux y répondre
Cherline Ades.
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Source: France info
(illustration) · ©Nadine Fadel
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