« Avèk regrè m ap di bonswa »
Il y a des voix qui ne s’éteignent pas : elles se retirent doucement, laissant derrière elles un écho que le temps n’ose pas faire taire. « Avèk regrè m ap di bonswa », chantait Dieudonné Larose, comme on salue la nuit avec pudeur, sans fracas. Aujourd’hui, ces mots prennent la forme d’un adieu collectif. Le 9 janvier 2026, au Canada, à l’âge de 80 ans, s’est éteinte l’une des figures les plus marquantes de la musique haïtienne. Artiste engagé, mémoire vivante du konpa et de la chanson populaire, Dieudonné Larose laisse derrière lui une œuvre qui continue de battre au rythme d’Haïti et de sa diaspora.
Hommage à Dieudonné Larose, une voix majeure de la musique haïtienne
« Avèk regrè m ap di bonswa », chantait Dieudonné Larose, posant sa voix sur la fragilité des départs et la pudeur des sentiments. Aujourd’hui, ces mots résonnent avec une gravité nouvelle. C’est avec le même regret, empreint de respect et de reconnaissance, que le monde de la musique haïtienne lui dit orevwa.
Le chanteur haïtien Dieudonné Larose s’est éteint le 9 janvier 2026 au Canada, à l’âge de 80 ans, après plusieurs mois d’hospitalisation. Originaire du nord d’Haïti, il laisse derrière lui une œuvre considérable et un héritage musical profond, inscrit au cœur du konpa et de la chanson haïtienne engagée.
Dieudonné Larose n’était pas seulement une voix. Il était une mémoire vivante, un passeur d’émotions, un témoin sensible d’une époque où la musique savait raconter à la fois les joies simples et les douleurs profondes. À travers ses chansons, il a su capter l’âme d’un peuple, dire l’amour, l’absence, l’exil, sans artifices, avec une sincérité désarmante.
Son œuvre s’inscrit dans cette tradition haïtienne où la musique est à la fois refuge et langage. Chaque note portait une histoire, chaque refrain devenait un lieu de reconnaissance collective. Son titre emblématique « Aksidan », devenu un classique du konpa, a marqué durablement plusieurs générations, tout comme des chansons telles que Mandela, Haïti, Roro ou Lanmou Fou.
Artiste engagé, Dieudonné Larose a su mêler rythmes traditionnels haïtiens et paroles à portée sociale et politique, construisant une identité musicale forte qui lui a permis de rayonner bien au-delà des frontières d’Haïti. Il a notamment collaboré avec les groupes Missile 727 et DP Express, contribuant à l’évolution et à la diffusion de la musique haïtienne sur la scène internationale.
En 2025, un an avant sa disparition, il livrait Lakou Lakay, son dernier album, salué comme une œuvre testamentaire et un retour aux sources. Sa discographie comprend également America Latina (2014), Lanmou Fou (2003), Cyclone (1997) et Shoogar Combo – Pitié pou fanm (1995), autant de jalons d’une carrière riche et fidèle à ses racines.
Dieudonné Larose laisse derrière lui 25 enfants et 16 petits-enfants, ainsi qu’un public immense, en Haïti comme dans la diaspora. Pour beaucoup, ses chansons accompagnaient les soirées calmes, les moments de nostalgie, ces instants suspendus où une mélodie suffit à faire revenir l’île, même de loin.
Il laisse bien plus qu’un répertoire : il laisse une empreinte. Celle d’un artiste qui chantait sans élever la voix, mais dont l’écho traversera encore longtemps les générations. Sa musique continuera de vivre dans les mémoires, dans les réunions familiales, dans les bals, dans les silences habités.
Avèk regrè, nous lui disons orevwa.
Mais jamais l’oubli.
Car les artistes comme lui ne disparaissent pas :
ils se transforment en souvenirs chantants,
en présences invisibles,
en voix intérieures qui nous accompagnent encore.
Soraya Ades
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