Beaucoup ont tendance à être découragés, à vivre dans la résignation, dans le désespoir. Mais moi je suis une de ces personnes qui pense que l’avenir d’Haïti est devant elle et par conséquent, nous devons lutter pour que Haïti retrouve son chemin de lumière. Beaucoup regardent Haïti avec compassion, avec pitié mais nous voulons que Haïti soit toujours resté le peuple fier, le peuple de résistance, le peuple de la liberté. Nous cherchons le chemin pour sortir et nous n’y arrivons pas facilement. Dans la mesure que le pays n’est pas gouverné, même s’il y a un conseil présidentiel de neuf membres, mais il n’arrive pas vraiment à rétablir la sécurité dans le pays, à améliorer la situation économique du pays et la crise politique continue. Les institutions de l’État ne fonctionnent pas. »
Louis-Auguste Joint, président de l’association des entrepreneurs haïtiens de Guadeloupe

Chaque 1er janvier, la communauté haïtienne de Guadeloupe commémore l’indépendance d’Haïti. Un acte de mémoire et de résistance, alors que le pays fait face à une crise sécuritaire, politique et institutionnelle sans précédent.
Le 1er janvier ne symbolise pas seulement l’entrée dans une nouvelle année. Pour Haïti, cette date marque la proclamation de l’indépendance, obtenue en 1804 après une révolution menée par des esclaves, faisant du pays la première république noire indépendante au monde. Un événement fondateur, porteur d’une promesse de liberté et de dignité.
Plus de deux siècles plus tard, cette promesse semble fragilisée. Haïti traverse une crise profonde : violences armées, emprise des gangs, effondrement des institutions, instabilité politique chronique. L’État peine à assurer ses fonctions régaliennes les plus élémentaires, laissant une grande partie de la population dans l’insécurité et la précarité.
En Guadeloupe, la diaspora haïtienne continue pourtant de faire vivre cette mémoire. Chaque année, des rassemblements sont organisés pour célébrer le 1er janvier, notamment dans des lieux symboliques comme le Mémorial ACTe. Ces commémorations rappellent l’histoire d’Haïti, mais traduisent aussi une volonté de préserver une identité et une fierté mises à mal par la situation actuelle du pays.
Pour Louis‑Auguste Joint, président de l’Association des entrepreneurs haïtiens de Guadeloupe et sociologue, la mémoire ne doit pas céder au découragement. Il reconnaît un sentiment de résignation grandissant, mais insiste sur la nécessité de maintenir l’espoir. Selon lui, la diaspora refuse de réduire Haïti à une image de pitié : elle revendique l’héritage d’un peuple de résistance et de liberté, tout en dénonçant l’incapacité des autorités à rétablir la sécurité, relancer l’économie et faire fonctionner les institutions.

La célébration du 1er janvier se conclut traditionnellement par le partage de la soupe joumou. Longtemps interdite aux esclaves, cette soupe à base de courge est devenue un symbole de liberté, d’unité et de transmission. En Guadeloupe, elle prend une dimension particulière : elle relie les générations et rappelle que l’indépendance haïtienne ne se limite pas à une date, mais à une histoire vivante.
À travers ces commémorations, la diaspora haïtienne en Guadeloupe endosse un rôle central : celui de gardienne de la mémoire nationale. Alors que l’État haïtien peine à protéger ses citoyens et ses symboles, cette mémoire se perpétue ailleurs, portée par celles et ceux qui refusent l’oubli. Une indépendance célébrée loin du territoire, mais toujours au cœur des consciences.
Cherline Ade
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