À Port-au-Prince, le corps des femmes et des filles est devenu un champ de bataille. Un rapport accablant de Médecins sans Frontières (MSF) révèle l’ampleur d’une crise longtemps sous-estimée : les violences sexuelles se multiplient dans la capitale haïtienne et sont désormais utilisées de façon méthodique par des groupes armés pour imposer la peur, briser les communautés et asseoir leur contrôle.
Intitulé « Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, en Haïti », le document s’appuie sur dix années de données médicales et de témoignages recueillis à la clinique Pran Men’m, structure spécialisée ouverte en 2015. En dix ans, près de 17 000 survivantes y ont été prises en charge, dont 98 % de femmes et de filles. Depuis 2021, la situation s’est aggravée de manière spectaculaire : le nombre de patientes a presque triplé, passant d’une moyenne de 95 admissions mensuelles à plus de 250 en 2025.
Les données de MSF dressent un constat glaçant. Les agressions touchent toutes les tranches d’âge et visent particulièrement les femmes déplacées par les violences armées, rendues plus vulnérables par la précarité et l’insécurité. Près de 20 % des survivantes déclarent avoir subi des violences à répétition. Depuis 2022, plus de la moitié des agressions signalées impliquent des membres de groupes armés, souvent lors d’attaques collectives d’une extrême brutalité.
Cette crise se déroule dans un contexte d’effondrement des services essentiels. Les infrastructures sanitaires sont dégradées, l’accès à la planification familiale est fragilisé par des coupes budgétaires internationales, et les structures d’accueil ou de soutien financier pour les victimes sont largement insuffisantes. Résultat : la majorité des survivantes arrivent trop tard pour bénéficier des soins préventifs contre le VIH ou les grossesses non désirées.
Face à cette urgence humanitaire, MSF lance un appel clair : renforcer et pérenniser les financements, garantir un accès gratuit aux soins médicaux et psychosociaux, et reconnaître sans ambiguïté que les violences sexuelles sont utilisées comme un outil délibéré de domination. À Port-au-Prince, l’inaction n’est plus une option.
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