3 février 2026 · 3 min de lecture
À l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026 (6–22 février), Haïti fera son retour sur la scène olympique hivernale avec deux athlètes — Stevenson Savart et Richi Viano — mais aussi avec des uniformes porteurs d’un message culturel et historique fort, conçus par la créatrice italo-haïtienne Stella Jean.
Pensées initialement en référence directe à Toussaint Louverture, figure centrale de la révolution haïtienne, ces tenues s’inscrivent dans un cadre strict de neutralité imposé par le Comité international olympique (CIO), obligeant la designer à transformer son propos sans en effacer le sens.

Stella Jean, une créatrice entre mode, histoire et engagement
Née à Rome d’un père italien et d’une mère haïtienne, Stella Jean s’est imposée sur la scène internationale comme l’une des figures majeures de la mode éthique et multiculturelle. Première femme noire membre de la Chambre nationale de la mode italienne, elle développe depuis plus d’une décennie un travail fondé sur le dialogue entre artisanat, mémoire coloniale et identités diasporiques.
Ses créations ont été présentées à Milan Fashion Week, exposées dans des musées et saluées pour leur capacité à faire du vêtement un outil politique au sens noble : raconter ce que l’histoire officielle tend parfois à effacer.
Un uniforme comme récit national
Selon le Comité olympique haïtien, les uniformes de Team Haïti ont été conçus en dialogue avec l’univers visuel du plasticien haïtien Édouard Duval-Carrié, dont l’œuvre interroge les mythes, les fantômes et les cicatrices de l’histoire haïtienne.
« Dans ces quelques mètres de tissu, nous devons condenser toute une histoire et un message. Il ne s’agit pas d’un simple exercice stylistique », explique Stella Jean dans une vidéo de présentation.
À l’origine, les tenues arboraient une représentation explicite de Toussaint Louverture. Le CIO a toutefois estimé que cette iconographie contrevenait à la Charte olympique, qui interdit tout symbole politique, religieux ou racial sur les sites des Jeux.

Du portrait au symbole : le cheval rouge
Plutôt que de renoncer à son propos, Stella Jean a choisi la transformation symbolique. Avec l’aide d’artisans italiens, l’image du révolutionnaire a été retirée pour laisser place à un cheval rouge lancé au galop, occupant toute la surface de l’uniforme, sur fond tropical et ciel azur, avec le mot Haïti inscrit de manière visible.
« Les règles sont les règles, et elles doivent être respectées. Mais ce cheval reste le sien, le cheval du général. Il incarne la présence d’Haïti aux Jeux », a déclaré la créatrice lors d’un aperçu exclusif accordé à l’Associated Press à l’ambassade d’Haïti à Rome.

Sport, visibilité et refus de l’effacement
Pour Gandy Thomas, ambassadeur d’Haïti en Italie, la participation du pays aux Jeux d’hiver dépasse largement le cadre sportif :
« La présence d’Haïti ici est un symbole. L’absence est la forme la plus dangereuse d’effacement. »
Dans un contexte marqué par l’instabilité politique, les crises humanitaires et une couverture médiatique souvent réduite aux catastrophes, ces uniformes deviennent un acte de diplomatie culturelle, affirmant l’existence d’Haïti là où on ne l’attend pas.

Deux athlètes, une histoire partagée
Richi Viano, 23 ans, déjà présent aux Jeux de Pékin 2022 (34ᵉ du slalom masculin), a été adopté très jeune par une famille italienne vivant en France.
Stevenson Savart, 25 ans, devient à Milano Cortina le premier fondeur olympique de l’histoire d’Haïti.
Tous deux ont grandi en Europe avant de choisir de concourir sous le drapeau haïtien, offrant un contre-récit puissant à l’image habituelle du pays.
« Quand on parle d’Haïti, c’est souvent en termes catastrophiques. Là, on montre autre chose », confie Viano.
Une continuité historique : la Fédération haïtienne de ski
La présence d’Haïti aux Jeux d’hiver s’inscrit dans le prolongement de la création de la Fédération haïtienne de ski, née après le séisme de 2010. Aujourd’hui, elle compte sept athlètes, soutenus notamment par le programme de Solidarité olympique du CIO, preuve que la pratique sportive peut aussi être un levier de reconstruction symbolique.
Cherline Ades
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