L’arrivée de ressortissants haïtiens expulsés des États-Unis au Cap-Haïtien s’est déroulée, ce jeudi, dans des conditions inhabituelles. Pour la première fois depuis plusieurs opérations de rapatriement, des journalistes présents à l’aéroport ont été empêchés de filmer l’arrivée des personnes expulsées. La présence parmi elles de l’ancien protecteur du citoyen, Renan Hédouville, semble avoir contribué à ce dispositif particulier.
Selon des informations recueillies auprès de témoins présents sur place, Renan Hédouville aurait bénéficié d’un traitement distinct des autres ressortissants arrivés par le même vol. L’ancien responsable de l’Office de la protection du citoyen (OPC) aurait été conduit vers le salon diplomatique de l’aéroport, avant de quitter les lieux accompagné de proches.
Cette situation contraste avec le traitement habituellement réservé aux Haïtiens expulsés des États-Unis, dont l’arrivée fait régulièrement l’objet d’une couverture médiatique. L’interdiction faite aux journalistes de filmer le débarquement a notamment suscité des interrogations sur les raisons de ces mesures exceptionnelles.
Des accusations de corruption toujours au cœur des interrogations
Le retour de Renan Hédouville intervient alors que son nom avait été cité dans un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC). L’ancien protecteur du citoyen avait été mis en cause dans le cadre d’allégations portant notamment sur la corruption, le détournement de fonds publics et l’enrichissement illicite durant son passage à la tête de l’OPC.
Des proches de l’ancien responsable soutiennent toutefois qu’il a été blanchi par une décision de justice et qu’aucune poursuite ne serait actuellement engagée contre lui. Ces éléments, qui méritent d’être documentés par les décisions judiciaires correspondantes, contrastent avec les accusations contenues dans le rapport de l’ULCC.
À son arrivée, Hédouville aurait ainsi traversé les contrôles de l’aéroport sans être interpellé par les autorités haïtiennes. Aucun élément public ne permet, à ce stade, d’établir qu’une mesure judiciaire aurait été prise à son encontre à la suite de son retour au pays.
Arrêté aux États-Unis avant son expulsion
Renan Hédouville avait été arrêté le 25 août dernier aux États-Unis par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Placé en détention, il a ensuite fait l’objet d’une procédure d’expulsion vers Haïti.
Son retour était susceptible de relancer le débat autour des accusations portées contre lui et d’ouvrir la voie à d’éventuelles suites judiciaires en Haïti. Pour l’heure, aucune nouvelle procédure connue du public n’a été annoncée à la suite de son arrivée.
Cette affaire ravive surtout les interrogations sur le traitement réservé aux personnalités faisant l’objet d’allégations de corruption et sur la capacité des institutions haïtiennes à donner une suite effective aux rapports des organismes de contrôle.
Au-delà du cas personnel de Renan Hédouville, son retour pose une nouvelle fois la question de l’impunité en Haïti : lorsqu’un rapport d’un organisme anticorruption met en cause un ancien haut responsable, quelles suites judiciaires doivent être données, et dans quel délai ?
Pour l’heure, les autorités compétentes n’ont pas publiquement expliqué les raisons ayant conduit à l’interdiction faite aux journalistes de filmer l’arrivée des expulsés ni les conditions particulières dans lesquelles l’ancien protecteur du citoyen a quitté l’aéroport du Cap-Haïtien.
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