De la traite négrière à l’abolition, découvrez comment 12 millions d’Africains furent réduits en esclavage et comment s’est construit le combat pour y mettre fin.
Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage : comprendre pour ne jamais oublier
Chaque 2 décembre, le monde commémore la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, un moment essentiel pour rappeler l’une des pages les plus sombres de l’histoire humaine : la traite négrière et les systèmes esclavagistes qui ont marqué l’Afrique, l’Europe et les Amériques du XVIᵉ au XIXᵉ siècle.
Entre 1500 et 1900, près de 12 millions d’Africains furent arrachés à leur terre pour être envoyés dans les plantations du Nouveau Monde.
Comprendre comment un trafic d’une telle ampleur a pu exister aide à mesurer l’ampleur des violences subies — et l’importance de poursuivre la lutte contre les formes modernes d’esclavage.
Des débuts motivés par l’or, avant le basculement vers le sucre
Au milieu du XVe siècle, explorateurs portugais et espagnols se rendent avant tout en Afrique pour l’or, bien plus recherché que les esclaves.
Mais tout change avec la montée des plantations de canne à sucre, d’abord sur les îles atlantiques (Madère, São Tomé…), puis dans les Amériques.
La culture du sucre, extrêmement exigeante, nécessite une main-d’œuvre :
abondante,
résistante aux climats tropicaux,
prête à accepter un travail harassant.
Les maladies européennes déciment les populations autochtones du Nouveau Monde, privant les colons d’un vivier de travailleurs : l’Afrique devient alors la principale source de main-d’œuvre forcée.
Pourquoi les Africains deviennent la majorité des esclaves
Avant 1600, seuls 25 % des esclaves déportés vers les Amériques sont africains.
Au XVIIᵉ siècle, ce chiffre grimpe à plus des deux tiers, principalement pour deux raisons :
Effondrement démographique des populations réduites en esclavage dans les Amériques
Système économique des plantations, nécessitant un apport continu de captifs, comme l’explique l’historien Philip Curtin.
Même au XVIIᵉ siècle, il existe encore des travailleurs forcés européens ou amérindiens, notamment dans les Antilles britanniques.
Mais la traite atlantique finit par s’imposer comme un système massif et structuré.
Un commerce organisé par les États européens
Pour encadrer ce trafic, les puissances européennes mettent en place des compagnies à charte (comme la Compagnie hollandaise des Indes occidentales) détenant le monopole de la traite.
Ce commerce repose sur :
des échanges de textiles,
de coquillages cauris,
d’alcool,
d’armes,
et de produits manufacturés.
Les Européens restent principalement sur les côtes africaines sous le contrôle des royaumes locaux : les intermédiaires africains capturent, acheminent et vendent les captifs, souvent issus de guerres, d’accusations de sorcellerie, de dettes ou de disgrâce.
Le “Passage du milieu” : un voyage d’horreur
La traversée de l’Atlantique dure en moyenne 2 à 3 mois.
Les conditions y sont inhumaines :
plus de 400 captifs entassés par navire,
chaîne permanente des hommes,
violences sexuelles envers les femmes,
mortalité moyenne de 12 %,
maladies telles que dysenterie, scorbut, malaria ou fièvre jaune.
Les captifs sont forcés de « danser » pour maintenir leur “bonne santé” afin d’être vendus à meilleur prix.
Des marins européens eux-mêmes exposés au danger
Les marins ne sont pas indemnes :
un Européen sur deux meurt lors d’un voyage en Afrique, victimes des mêmes maladies tropicales.
Les armateurs les considèrent comme de simples outils, souvent qualifiés d’« esclaves blancs ».
Un paradoxe tragique d’un commerce déshumanisant pour tous.
La préparation des captifs à la vente
À l’approche des côtes américaines :
les esclaves sont lavés,
leurs blessures traitées,
leurs cheveux rasés ou teints,
leur peau enduite d’huile de palme.
Le but : maximiser la valeur marchande de chaque être humain.
Un commerce rentable… mais au prix d’un drame humain
Les historiens débattent encore de la rentabilité de la traite :
certains, comme Eric Williams, estiment qu’elle a financé la Révolution industrielle,
d’autres notent que le profit par voyage n’était que de 5 à 10 %.
Mais la chaîne économique autour de l’esclavage (navires, chantiers navals, textiles, plantations, commerce des produits) a incontestablement enrichi l’Europe.
Ce qui ne peut se mesurer, en revanche, c’est l’ampleur de la souffrance humaine infligée pendant ces quatre siècles.
Abolition de l’esclavage : un combat de longue haleine
L’abolition a été progressive et n’a jamais été un simple élan “humaniste” des nations européennes.
Elle fut le résultat :
de révoltes d’esclaves (notamment Haïti),
de résistances quotidiennes,
de mouvements abolitionnistes,
et d’un changement d’intérêt économique.
Ce long processus s’achève tard :
1807 : abolition de la traite par le Royaume-Uni
1848 : abolition de l’esclavage en France
1865 : abolition aux États-Unis
1888 : abolition au Brésil (la dernière des Amériques)
Pourquoi cet héritage pèse encore aujourd’hui
La traite atlantique a laissé :
des traumatismes durables en Afrique,
des sociétés post-esclavagistes profondément inégalitaires,
des structures raciales encore visibles dans les Amériques et en Europe.
La Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage nous rappelle que si les systèmes esclavagistes ont été abolis, des formes modernes persistent encore :
travail forcé,
exploitation sexuelle,
traite d’êtres humains,
servitude domestique.
se souvenir pour agir
Comprendre la traite négrière et l’histoire de l’esclavage n’est pas une simple démarche mémorielle : c’est un acte de vigilance.
Hommage aux millions de femmes, d’hommes et d’enfants déportés, morts, exploités ou révoltés.
Et engagement à poursuivre la lutte contre toute forme d’exploitation humaine.
Cherline Ades.
Source: nationalgeographic.fr
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