À Paris, la galerie Perrotin accueille une exposition qui ne se contente pas d’être regardée : elle se traverse. Avec The Vocals of the Chaotic Burst, Kathia Saint-Hilaire convoque la mémoire d’Haïti, ses cicatrices politiques, ses éclats de lumière, et les fait dialoguer avec l’héritage incandescent de Frankétienne.
L’artiste américano-haïtienne, née en 1995 en Floride, déploie des couleurs vibrantes, grave la tension dans la matière et façonne des silences presque sculptés. Son travail mêle peinture, relief, fil barbelé et matière textile dans une tension constante entre éclat chromatique et brutalité historique. Le jaune, l’or, le vert irradient. Mais sous la lumière, l’ombre persiste.
Frankétienne comme boussole
Au cœur de l’exposition, une présence : celle de Frankétienne. L’écrivain et plasticien haïtien, disparu l’an dernier, irrigue l’ensemble du parcours. Kathia Saint-Hilaire a relu Mûr à crever (1968), roman écrit sous la dictature de François Duvalier. Elle en extrait non pas une illustration, mais une vibration.
Trois œuvres de Frankétienne sont d’ailleurs présentées au sein de l’exposition, comme un dialogue silencieux entre deux générations d’artistes traversées par la même urgence : dire l’inhumain sans détourner le regard.
Haïti, mémoire vive
Les tableaux exposés convoquent la période des Duvalier, les Tontons Macoutes, la coercition, les corps entravés. Le fil barbelé revient comme un leitmotiv visuel — symbole d’oppression, mais aussi frontière entre mémoire et oubli.
Dans Guantanamo Bay I, l’écho aux photographies de migrants haïtiens détenus dans les années 1990 à la base navale américaine est saisissant. Dans Jérémie Vespers II ou Bato Espiral II, la matière semble retenir les cris.
Pourtant, rien n’est figé. Les couleurs vibrent. L’artiste ne cherche pas à adoucir l’Histoire. Elle capte plutôt une énergie, une résistance. Comme si la lumière elle-même refusait de céder.

Dire Haïti pour dire le monde
Si l’exposition s’enracine dans l’histoire haïtienne, elle déborde largement ce territoire. Kathia Saint-Hilaire parle d’Haïti comme on parle du monde : violences politiques, exils, enfermements, survivances.
Ce contraste entre beauté plastique et brutalité du sujet crée un choc visuel et émotionnel. L’artiste attire l’œil par la lumière pour mieux nous confronter à l’inconfort.
À voir jusqu’au 7 mars 2026 à la galerie Perrotin, Paris 3e.

Cherline Ades.
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