Chaque fin de semaine, France Culture, avec son Instant Poésie, fait grésiller les stéréos de ses auditeurs.
Un rendez-vous incontournable du vendredi soir, qui accompagne les petites heures de la nuit.
À ce moment où nos talons se délestent des vieux souliers et où la respiration se fait plus lente,
j’ai senti mon île vibrer en moi. Car ce soir-là, une sélection de cinq poèmes haïtiens a été présentée par l’écrivain, rappeur et poète franco-rwandais Gaël Faye, accompagné du poète et éditeur français Bruno Doucey, fondateur des Éditions qui portent son nom. Leur ambition : faire entendre des voix essentielles, parfois méconnues, qui ont façonné l’imaginaire haïtien.
Ces textes révèlent une littérature où l’intime et le politique ne s’opposent jamais,
mais se nourrissent l’un l’autre.
1. « La Ronde infinie » – Évelyne Trouillot
Un poème de pudeur, d’amour maternel et de transmission.
Pour Gaël Faye, c’est une réflexion délicate sur la parentalité, où la protection et la liberté se rencontrent dans une tension subtile.
Trouillot, figure essentielle des lettres haïtiennes, y « dit l’essentiel avec une économie de mots » : des images sobres, un rythme retenu, et une émotion contenue qui dit beaucoup plus qu’elle n’énonce.
2. « Séparation » – Ida Faubert
Écrit par une femme indépendante et brillante du début du XXᵉ siècle, ce poème exprime l’immense chagrin lié à la perte de sa fille Jacqueline.
La langue d’Ida Faubert, sensuelle et mélancolique, oscille entre passion et ravage intérieur.
Sa poésie, longtemps tenue à l’écart des canons officiels, trouve dans ce texte une intensité discrète mais dramatique, qui a marqué autant la scène haïtienne que parisienne.
3. « Nostalgie » – René Depestre
Composé en 1963 à La Havane, Nostalgie saisit un moment de rupture dans la trajectoire du poète : l’effondrement des espérances révolutionnaires.
Gaël Faye y repère une fragilité inhabituelle chez Depestre — une tendresse qui tente de répondre à la mélancolie.
Le poème rassemble les identités du poète, son exil, et son attachement viscéral à Haïti ; il devient une cartographie intime de la perte et de la fidélité.
4. « Je m’envertige » – Frankétienne
Frankétienne, disparu en 2025, reste l’une des voix les plus explosives de la littérature haïtienne. Fondateur du spiraliste, il invente une langue qui parle par éclats, par ressac.
Dans Je m’envertige, l’écriture est un souffle physique : elle claque, tangue, emporte. C’est une poésie qui se vit dans le corps autant que dans l’oreille — une expérience sonore et rythmique où le sens parfois se fait secondaire face à la force du verbe.
5. « La lettre sous la langue » – Georges Castera
Écrit au début des années 1990, dans un climat politique tendu, ce poème porte la marque de la résistance. Un an avant le coup d’État qui renversa Aristide, Castera forgeait une langue de combat, précise et concentrée.
Pour Gaël Faye, la poésie de Castera est « un sport de combat » : chaque mot frappe, retient, mesure la rage et la retenue. Sa pudeur rythmique cache une violence contenue qui finit par se libérer dans l’énonciation.
Haïti : un archipel de voix
À travers ces cinq écrivains se dessine un continent littéraire foisonnant :
des voix féminines longtemps invisibilisées ;
des exilés qui écrivent pour tenir debout ;
des poètes qui transforment la violence en langue ;
des créateurs de formes et d’inventions stylistiques.
Pour Gaël Faye, Haïti n’est pas seulement une île : c’est un territoire narratif et poétique immense, où la poésie joue le rôle de refuge, de mémoire et de résistance. Ces poèmes, lus et transmis dans L’Instant Poésie, invitent à écouter autrement un pays qui continue de se dire par la langue.
Diffusé dans L’Instant Poésie (Source :France Culture).
Soraya Ades.
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