Quand la réalité dépasse la fiction, il ne reste que l’art pour dire l’indicible. Dans son titre percutant « Leta vs Ayiti », le rappeur et slameur BIC, de son vrai nom Roosevelt Saillant, ne se contente pas de dénoncer. Il dresse un constat clinique d’une nation en état de mort imminente, abandonnée par ceux qui devraient la servir. Et chaque mot sonne terriblement vrai.
Les images fortes utilisées par l’artiste « Leta ranmasè », « Leta grapiyè » ne relèvent pas de la licence poétique. Elles correspondent à la perception quasi unanime d’une population confrontée quotidiennement aux conséquences d’une gouvernance défaillante. Comment contredire BIC quand on voit les files interminables devant les stations d’essence, les hôpitaux sans médicaments, les écoles fermées, les routes impraticables ?
Le portrait des « politisyen Pâte à modeler, san kolòn vétébral » frappe par sa justesse. La valse des alliances politiques, les retournements de vestes, les promesses non tenues : la population haïtienne reconnaît immédiatement dans ces vers la triste réalité de sa classe dirigeante.
Si l’État haïtien avait ne serait-ce qu’une once de conscience, il écouterait ce titre sur toutes les ondes, dans tous les palais gouvernementaux, lors de chaque réunion ministérielle. Car BIC ne fait que mettre en musique ce que des millions d’Haïtiens vivent et ressentent dans leur chair.
La souffrance décrite n’est pas une exagération artistique. C’est le quotidien de la mère de famille qui doit choisir entre nourrir ses enfants ou les envoyer à l’école. C’est l’angoisse du jeune diplômé contraint à l’exil. C’est la détresse du commerçant paralysé par l’insécurité.
L’appel à un « nouveau Dessalines » n’est pas un appel à la révolution, mais au sursaut. C’est le cri d’alarme d’un peuple à bout de souffle qui cherche désespérément une lueur d’espoir. L’État doit comprendre que chaque vers de cette chanson est un électrocardiogramme montrant les battements de plus en plus faibles de la nation.
Quand BIC chante « Leta vs Ayiti », il ne crée pas une opposition, il constate un divorce. Un divorce entre les promesses de la démocratie et la réalité de la gouvernance, entre les richesses potentielles du pays et la misère actuelle, entre la fierté historique haïtienne et l’humiliation présente.
La balle est maintenant dans le camp de l’État. Ignorer ce message, ce serait confirmer chaque accusation. Seule une prise de conscience collective au plus haut niveau, suivie d’actions concrètes et visibles, pourrait commencer à redonner confiance.
BIC a fait son devoir d’artiste et de citoyen. Il a mis des mots sur les maux, transformé la souffrance en poésie, l’indignation en mélodie. À l’État maintenant de faire son devoir : écouter, comprendre, et enfin agir. Car comme le dit si bien l’artiste, chaque homme, chaque institution, n’a qu’un seul juge ultime : sa conscience. Et celle de l’État haïtien ne peut plus feindre la surdité.
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