La 19e édition du Festival international de Jazz de Port-au-Prince (PAPJAZZ) s’est achevée à l’hôtel Karibe sur la scène Barbancourt, confirmant une fois de plus sa vocation : faire dialoguer le jazz avec d’autres esthétiques musicales, locales et internationales. Du 7 au 10 janvier 2026, artistes haïtiens et invités étrangers ont proposé une programmation marquée par la diversité, l’improvisation et la réappropriation culturelle.
Gardy Girault et le Raratech pour une clôture audacieuse
La soirée de clôture a été marquée par la prestation du DJ haïtien Gardy Girault, figure du courant Raratech. Peu avant 22 heures, les sonorités électroniques ont envahi la scène, progressivement rejointes par les rythmes du rara, issus du patrimoine populaire haïtien. Accompagné du percussionniste Cisco Lafrance, l’artiste a offert une traversée musicale mêlant tambours traditionnels, basses électroniques et textures techno.
À travers cette performance, Gardy Girault a souligné l’importance de la solidarité et de la résilience dans le contexte actuel du pays, tout en démontrant que les musiques traditionnelles haïtiennes peuvent s’inscrire pleinement dans des formes contemporaines. Ce choix artistique pour la clôture du festival illustre l’ouverture du PAPJAZZ à des propositions innovantes, ancrées dans la culture locale.
Georgia Heers, une voix entre jazz, soul et histoire
La chanteuse et compositrice américaine Georgia Heers a également marqué la dernière soirée du festival. Originaire de Caroline du Sud, elle a proposé un répertoire mêlant jazz, soul et influences contemporaines, alternant moments intimistes et séquences plus intenses. Entourée de musiciens chevronnés, elle a mis en avant l’improvisation et l’échange, éléments fondamentaux du jazz.
Georgia Heers a rappelé les racines profondes de cette musique, issue des work songs, des spirituals et du blues, tout en exprimant son admiration pour la culture haïtienne et la résilience de son peuple. Sa prestation a transformé la scène de Barbancourt en un espace de communion musicale.
Bélo, l’engagement et la maturité artistique
Lors de la troisième soirée du festival, le chanteur et guitariste haïtien Bélo s’est imposé comme l’une des figures marquantes de cette édition. Fort de plus de vingt ans de carrière, il a livré une performance à la croisée du jazz, du roots et des sonorités traditionnelles haïtiennes. Ses textes engagés et poétiques ont trouvé une résonance particulière auprès d’un public attentif et complice.
Bélo a revisité plusieurs titres de son répertoire tout en explorant de nouvelles couleurs musicales, intégrant naturellement l’improvisation chère à l’esprit du jazz. Sa présence au PAPJAZZ témoigne de la volonté de la Fondation Haïti Jazz de mettre en lumière des artistes haïtiens dont le parcours s’inscrit dans la durée.
Valérie Chane et les passerelles créoles
La chanteuse, pianiste et compositrice française Valérie Chane, originaire de La Réunion, a proposé un univers mêlant jazz, influences créoles et écriture contemporaine. Sur la scène de Barbancourt, son jeu pianistique délicat et sa voix nuancée ont instauré une atmosphère intimiste, ponctuée de moments d’improvisation.
Séduite par l’accueil du public haïtien, l’artiste a salué la longévité du PAPJAZZ et exprimé son désir de collaborer avec des musiciens haïtiens, évoquant notamment un coup de cœur artistique pour Bélo.
Des échanges interculturels au cœur du festival
Au-delà des têtes d’affiche, cette 19e édition a été marquée par de nombreux échanges interculturels. Le groupe instrumental haïtien Zanmitay a proposé un concert entièrement instrumental, mêlant jazz contemporain et rythmes du patrimoine national. Le groupe américain Deep Pockets a, quant à lui, apporté une esthétique jazz-funk et urbaine, saluée par un public curieux et attentif.
La présence du guitariste et compositeur mexicain Daniel Torres, alias Dantor, lors de la soirée d’ouverture, a renforcé la dimension internationale du festival. Accompagné de l’ambassadeur du Mexique en Haïti, l’artiste a souligné le rôle de la musique comme vecteur de rapprochement culturel.
Enfin, la chanteuse haïtienne Riva Nyri Précil, pour sa première participation au PAPJAZZ, a partagé sa vision d’un jazz nourri par la musique racine, confirmant l’ancrage identitaire au cœur de cette manifestation.
Un festival, une vision
À travers cette 19e édition, le PAPJAZZ a rappelé la richesse et la diversité des propositions musicales haïtiennes, ainsi que leur capacité à dialoguer avec des courants internationaux. Entre héritage, innovation et résilience, le festival s’impose comme un espace essentiel de création et de rencontres artistiques à Port-au-Prince.
Soraya Ades
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