Port-au-Prince suffoque sous la pression des gangs. Les quartiers s’effritent, les habitants vivent dans la peur, et l’avenir semble suspendu à la violence. Pourtant, au milieu de ce chaos, une autre voix s’élève : celle de la culture, qui refuse obstinément de se taire.
Le Festival Quatre Chemins, consacré aux arts du vivant, s’est imposé comme un symbole de résistance. Depuis plus de vingt ans, il rassemble comédiens, metteurs en scène et musiciens, offrant à la capitale un souffle de liberté. En 2024, Gaëlle Bien-Aimé avait bouleversé le public avec son spectacle Aimer en stéréo. Cette année encore, les artistes persistent à occuper la scène, rappelant que l’art demeure un acte de survie.
Dans un studio mobile installé en périphérie, l’émission Podium Quartiers attire chaque semaine des centaines de spectateurs. Diffusé sur RTVC, ce concours de chant lancé en 2017 est devenu un rendez-vous incontournable. Les candidats revisitent des classiques intemporels — Charles Aznavour, Michel Sardou, Ginette Reno — mais aussi la soul haïtienne, le jazz et le slam en créole. Ces mélanges témoignent d’une identité culturelle multiple, enracinée et ouverte.
Parmi les voix nouvelles, celle de Falinechy Exumé s’est imposée. Originaire de Carrefour, elle a subjugué le public avec une interprétation de Je t’aime de Lara Fabian. Sa performance, saluée comme celle d’une « diva », illustre la force de la jeunesse haïtienne, capable de transformer la fragilité en puissance artistique.
Ces instants de ferveur ne gomment pas la violence environnante, mais ils offrent un contrepoint essentiel. Ils disent que la société haïtienne, malgré ses blessures, conserve une énergie créatrice indomptable. Dans une capitale terrorisée, la culture devient un rempart, une affirmation de dignité et un moyen de préserver le lien social.
Port-au-Prince se raconte aujourd’hui à travers ce paradoxe : une ville assiégée, mais habitée par une vitalité artistique qui refuse de disparaître. La résilience culturelle n’est pas seulement un spectacle ; elle est une manière de survivre, de se tenir debout face au chaos, et de rappeler que l’identité d’un peuple ne se réduit jamais au bruit des armes.
Cherline Ades
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