Réalisatrice, comédienne, militante et poétesse de l’image, Sarah Maldoror occupe une place essentielle dans l’histoire du cinéma décolonial. Longtemps marginalisée, son œuvre connaît aujourd’hui une reconnaissance internationale, portée notamment par le travail de mémoire de ses filles, Annouchka de Andrade et Henda Ducados.
Une identité forgée dans la création et la lutte
Née en 1929 dans le Gers d’un père guadeloupéen, Sarah Maldoror arrive à Paris dans les années 1950 sans réseau ni soutien. Très tôt, elle choisit de se réinventer. Elle abandonne son nom de naissance, Marguerite Sarah Ducados, pour celui de Sarah Maldoror, emprunté à l’univers poétique et sombre des Chants de Maldoror de Lautréamont. Ce choix marque un acte fondateur : celui d’une femme qui se construit une armure symbolique pour affronter le monde.
À Paris, elle fréquente les cercles intellectuels liés à Présence Africaine, maison d’édition emblématique des luttes anticoloniales. Elle y rencontre Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Frantz Fanon ou encore Mario de Andrade, poète angolais et futur compagnon de route.
Le théâtre comme première arme politique
Avant le cinéma, Sarah Maldoror s’engage dans le théâtre. En réaction aux rôles stéréotypés proposés aux comédiens noirs, elle fonde La Compagnie des Griots, première troupe de théâtre noire à Paris. La mise en scène des Nègres de Jean Genet connaît un succès retentissant et marque un tournant dans la représentation des artistes noirs sur la scène française.
Mais déjà, Maldoror regarde ailleurs. Son ambition dépasse les planches : elle veut faire du cinéma, un cinéma capable de raconter les luttes, les silences et la dignité des peuples colonisés.
Une formation internationale et un cinéma engagé
Après un passage par la Guinée nouvellement indépendante, Sarah Maldoror obtient une bourse pour étudier le cinéma à Moscou. Elle y apprend la rigueur technique tout en affrontant le racisme quotidien. Cette expérience nourrit sa détermination.
Dans les années 1960 et 1970, elle s’impose comme l’une des premières femmes africaines et afro-descendantes réalisatrices, signant des œuvres majeures du cinéma politique. Son court-métrage Monangambée (1969), adapté d’un texte de José Luandino Vieira, dénonce avec force la violence coloniale portugaise en Angola, porté par une bande-son audacieuse de free-jazz.
Sambizanga, un film manifeste
Son œuvre la plus célèbre, Sambizanga (1973), s’impose comme un classique du cinéma africain. Racontée du point de vue d’une femme, l’histoire explore la répression coloniale à travers l’intime. Le film devient un symbole en Angola, où il est encore diffusé chaque année lors de la fête nationale.
Longtemps oublié en Europe, Sambizanga a été restauré grâce au soutien de la fondation de Martin Scorsese, confirmant l’importance internationale de Sarah Maldoror dans l’histoire du cinéma mondial.
Une œuvre abondante et longtemps invisibilisée
Documentaires, fictions, reportages : Sarah Maldoror a réalisé près de quarante films tournés en Afrique, aux Caraïbes, en Europe et en Amérique latine. Elle consacre plusieurs œuvres à Aimé Césaire, à Léon-Gontran Damas et aux figures majeures des luttes noires et décoloniales.
Décédée en 2020 des suites du Covid-19, elle laisse une œuvre puissante, poétique et politique, longtemps tenue à l’écart des circuits dominants mais aujourd’hui redécouverte à travers expositions, restaurations et projections internationales.
Une mémoire désormais transmise
Grâce à l’engagement de ses filles et à l’exposition « Sarah Maldoror, cinéma tricontinental », son travail retrouve la place qu’il mérite. Figure inspirante pour de nouvelles générations de cinéastes, Sarah Maldoror incarne une création libre, radicale et profondément humaine.
Cherline Ades
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