Qu’est-ce que Vertières ?
Ce 18 novembre 2025, Haïti commémore pour la 222ᵉ fois de son histoire la bataille décisive ayant mené à la victoire des troupes de l’armée dite indigène au détriment de la grande armée napoléonienne. À travers cet article, Le Quotidien 509 veut tenter de ranimer notre conscience endormie par la pilule de la soumission, contre la pratique de l’esclavage volontaire et de la colonisation mentale qui a dénaturé ce peuple fier que nous sommes. N’est-il pas impératif de se redécouvrir pour mieux se construire en étant désormais bien imbus des vérités historiques et de leurs multiples conséquences ?
Nous ruminons nos heures de gloire comme si le monde s’était figé, sans véritablement comprendre la contribution de nos pères (et la nôtre) à l’humanité tout entière, sans véritablement nous hisser à la dimension du rêve fondateur de la nation haïtienne. Posons-nous cette question cruciale et existentielle : qu’est-ce que Vertières ? Comment transmettons-nous à la postérité le souvenir de la bataille de Vertières du 18 novembre 1803, pour qu’il ne s’effrite pas ? Pouvons-nous encore nous hisser à la hauteur des sacrifices et de l’héritage de nos pères, aujourd’hui même, en 2025 ?
S’il y a bien une idée qui rassemble tous les hommes aujourd’hui, c’est bien l’universalité de leurs droits dits inaliénables même. Que diriez-vous si je proclame que l’incarnation véritable de ces droits reconnus et adoptés conventionnellement par 58 États membres fondateurs des Nations Unies dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1948 est en réalité la conséquence directe de la révolution de Saint-Domingue ayant mené à l’indépendance d’Haïti ? Que répondriez-vous au fait que le droit à l’autodétermination des peuples (donc à la souveraineté) soit directement une des nombreuses conséquences de Vertières ?
Loin de nous la prétention de fanfaronner, disons plutôt qu’il faut rétablir une vérité historique qui dérange certains usurpateurs. En effet, il ne suffira point d’accorder une forme de reconnaissance officielle au concept Vertières (et la reconnaissance des événements réels) dans la langue française, tel qu’il a été intégré en 2019 par l’Académie française après près de deux siècles d’amnésie totale. Il ne suffira pas de nommer un des métros du monde blanc Vertières pour restaurer la vérité historique. Et encore moins que, de notre côté, il ne suffira pas de procéder à des commémorations annuelles totalement soporifiques pour hisser cette page au panthéon de l’histoire de l’humanité.
Appelons les choses par leur nom en disant haut et fort ce que trop souvent nous pensons tout bas : Vertières est le point de départ d’un nouveau monde où la prédominance de la liberté, de l’égalité des races et du droit des peuples à l’autodétermination trouve une forme réelle de concrétisation, un monde où la loi de la jungle n’est plus l’unique modèle. Vertières est ce modèle de lutte contre la pensée unique, également un symbole, la référence, la victoire des opprimés contre leurs bourreaux qui jusqu’ici se disent civilisés.
Cette dernière bataille ayant mené à l’indépendance d’Haïti devrait être enseignée partout dans le monde comme une source d’inspiration et d’esprit d’abnégation où il a fallu mettre sa vie sur la table et se battre pour une cause plus grande que soi. Après Vertières, tout être humain bénéficiait d’une terre d’accueil où sa liberté était garantie, qu’importe sa couleur de peau, sa nationalité, sa foi religieuse. Dessalines, Christophe, Pétion, Capois et tous les combattants ont prouvé que la fin ne justifie pas toujours les moyens lorsque notre pourquoi domine le « parce que ». Vu sous cet angle, la bataille de Vertières n’est point une anomalie de l’histoire, elle est la preuve que la volonté l’emporte sur le doute et les idées préconçues.
Un peuple ayant accouché de pareilles prouesses dans l’histoire de l’humanité garde dans ses gènes une forme de grandeur indubitable. Nous avons donc rendez-vous, en 2025, avec l’histoire, car nous sommes condamnés à écrire une nouvelle date et à changer l’ordre des choses. En dépit de l’ingérence de la communauté internationale et de la perte de notre souveraineté, les Haïtiens demeurent les seuls maîtres de leur avenir. S’il y a eu le 18 novembre 1803, il y aura encore une autre date qui marquera une rupture totale avec les pratiques infernales qui prévalent. En attendant, la tête altière et haut les fronts, plaidons la cause légitime de notre contribution à l’humanité pour que nul n’en prétexte l’ignorance.
Marc Arthur Paul
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