À Wimbledon, les traditions ne se négocient guère. Depuis plus d’un siècle, le tournoi britannique impose à ses participants un dress code d’une rigueur presque immuable : le blanc y domine sans partage, faisant du vêtement un symbole autant qu’une règle. Dans ce contexte où toute excentricité semble proscrite, Naomi Osaka est parvenue à proposer une interprétation personnelle de ce code vestimentaire sans pour autant s’en affranchir.
Avant son entrée en lice face à la Française Elsa Jacquemot, la joueuse japonaise est apparue vêtue d’un long kimono blanc spécialement conçu pour l’occasion. Si la couleur répondait parfaitement aux exigences du tournoi, la silhouette s’éloignait nettement des standards habituels du tennis. La pièce, maintenue par un obi traditionnel orné de motifs floraux en relief, se prolongeait jusqu’aux chevilles avant de laisser place, à mi-longueur, à une superposition de tulle apportant une dimension plus contemporaine à l’ensemble. Une paire de baskets Nike blanches venait compléter cette tenue, dont la vocation demeurait essentiellement symbolique.
Comme elle en a désormais l’habitude lors de certains grands rendez-vous, Naomi Osaka a effectué son échauffement dans cette création avant de dévoiler sa tenue de jeu, plus adaptée aux exigences de la compétition.
Le vêtement, baptisé Evolving Ceremony, est l’œuvre de la créatrice tokyoïte Hana Yagi. Inspirée des kimonos traditionnels japonais ainsi que des junihitoe — les robes cérémonielles portées par les femmes de la noblesse durant l’époque Heian —, cette création établit un dialogue entre patrimoine et création contemporaine. La styliste a également privilégié l’utilisation de textiles anciens recyclés, une démarche qui s’inscrit dans une approche plus durable de la mode et que l’on retrouve régulièrement dans les collaborations de la joueuse.
Les accessoires prolongeaient cette référence au Japon. Naomi Osaka portait notamment un kanzashi, ornement traditionnel destiné à la coiffure, ainsi que des bijoux en perles de la maison Mikimoto, l’un des noms les plus emblématiques de la joaillerie japonaise.
À l’issue de son match remporté face à Elsa Jacquemot, la quadruple lauréate en Grand Chelem a expliqué que cette tenue constituait avant tout un hommage à ses origines. Elle a rappelé que son héritage japonais occupait une place importante dans son identité et que l’idée d’intégrer un kimono à son apparition à Wimbledon lui semblait naturelle.
La championne a également évoqué une influence plus inattendue. Elle s’est dite inspirée par O-Ren Ishii, personnage interprété par Lucy Liu dans Kill Bill, dont le kimono blanc est devenu une image marquante du film de Quentin Tarantino. Selon Osaka, cette référence participe à sa manière d’aborder certaines compétitions, où elle aime parfois se glisser dans un personnage différent de celui qu’elle est en dehors du court.
Depuis plusieurs saisons, Naomi Osaka utilise la mode comme un moyen d’expression complémentaire à sa carrière sportive. Chacune de ses apparitions lors des tournois majeurs donne lieu à une réflexion esthétique qui mêle souvent références culturelles, collaborations avec des créateurs et éléments de son histoire personnelle. Wimbledon, malgré un règlement vestimentaire particulièrement strict, n’a pas fait exception.
Au-delà de l’aspect stylistique, cette apparition illustre une évolution plus large du sport de haut niveau. Les tenues des athlètes ne répondent plus uniquement à des impératifs techniques ; elles deviennent parfois des supports de communication, des marqueurs identitaires ou des hommages culturels. Sans remettre en cause les traditions du tournoi londonien, Naomi Osaka a ainsi proposé une lecture personnelle du célèbre dress code, conciliant les exigences de Wimbledon avec une référence assumée à son héritage japonais.
Le résultat n’a pas manqué d’attirer les regards avant même les premiers échanges. Une fois la rencontre commencée, c’est toutefois sur le terrain que la Japonaise a confirmé sa prestation en s’imposant face à Elsa Jacquemot, concluant une journée où l’attention s’est portée autant sur son entrée en scène que sur son tennis.
Cherline Ades.
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