Figure incontournable de la musique haïtienne, Tabou Combo poursuit son impressionnante longévité. Le groupe, qui se produira dans le cadre du Festival international Nuits d’Afrique à Montréal, revient sous les projecteurs avec la même ambition qui l’anime depuis la fin des années 1960 : faire du kompa une musique capable de séduire un public international.
Dans un entretien accordé au quotidien canadien Le Devoir, le percussionniste, chanteur et parolier Yves « Fanfan » Joseph rappelle que Tabou Combo s’est toujours considéré comme un groupe tourné vers l’avenir. Dès ses débuts, l’orchestre cherchait à dépasser les frontières d’Haïti en adaptant le kompa aux codes de la musique populaire mondiale.
Cette stratégie s’est concrétisée avec des succès comme New York City, paru en 1974, qui a contribué à faire connaître le kompa en Europe et en Amérique du Nord. Au fil des décennies, le groupe a intégré des influences venues du rock, de la soul, du funk, du disco et du R&B, avant d’accompagner l’arrivée des sonorités électroniques qui marquent aujourd’hui une nouvelle génération d’artistes.
Pour Yves Joseph, cette évolution se poursuit désormais grâce à Internet et aux plateformes numériques, qui permettent aux musiciens haïtiens de toucher un public mondial sans dépendre uniquement des radios traditionnelles. Il estime que des artistes comme Joé Dwèt Filé ou Naïka, dont les productions mêlent pop, R&B et influences caribéennes, illustrent la continuité de cette ouverture musicale initiée par Tabou Combo.
Fondé en 1968 à Pétion-Ville par Albert Chancy Jr. et Herman Nau, le groupe était au départ un simple projet de vacances entre amis. Le succès grandissant de leurs chansons a toutefois rapidement transformé cette aventure en carrière internationale. Après avoir poursuivi leurs études aux États-Unis, plusieurs membres reformeront l’orchestre à New York, où seront enregistrés les albums qui établiront définitivement la réputation du groupe.
Au cours de l’entretien, Yves Joseph révèle également qu’au début des années 1980, Motown, le célèbre label fondé par Berry Gordy, avait proposé de signer Tabou Combo. Le groupe a finalement décliné l’offre afin de conserver le contrôle de ses compositions et de préserver sa liberté artistique, un choix qu’il ne regrette pas aujourd’hui.
Près de soixante ans après sa naissance, Tabou Combo demeure ainsi l’un des principaux ambassadeurs de la musique haïtienne. Son retour au Festival Nuits d’Afrique illustre autant la fidélité de son public que la capacité du kompa à continuer d’évoluer et d’inspirer les nouvelles générations de musiciens à travers le monde.
Cherline Ades.
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