À seulement 17 ans, Stephen « Kiki » Ramos commence à se faire un nom dans le football argentin. L’ailier du Vélez Sarsfield vient d’inscrire son premier but avec la sélection argentine des moins de 17 ans, confirmant un talent qui suscite de grandes attentes. Derrière cette ascension sportive se cache pourtant une histoire bouleversante, intimement liée à l’une des plus grandes tragédies de l’histoire d’Haïti.
Un survivant du séisme de 2010
Le 12 janvier 2010, la terre ouvrit ses entrailles sous Port-au-Prince. En quelques interminables secondes, la capitale haïtienne bascula dans le chaos. Les immeubles s’effondrèrent comme des châteaux de sable, les rues furent ensevelies sous la poussière et le Palais national, symbole d’un pays déjà meurtri, s’écroula à son tour. Lorsque le silence succéda au grondement, Haïti n’était plus tout à fait le même.
Le bilan fut vertigineux. Des centaines de milliers de vies furent emportées, tandis que des familles entières disparaissaient sous les décombres. Pourtant, au cœur de cette tragédie où la mort semblait avoir tout englouti, une fragile étincelle de vie continuait de brûler.
Dans un orphelinat de Port-au-Prince, un nourrisson de quelques mois venait, sans le savoir, de survivre à l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire du pays.
Cet enfant s’appelait Stephen Ramos. Des années plus tard, le monde du football le découvrirait sous un autre nom : Kiki Ramos.
Né à Port-au-Prince en 2009, Stephen Ramos n’avait que quelques mois lorsque le violent séisme du 12 janvier 2010 a frappé Haïti. La catastrophe, qui a dévasté la capitale et une grande partie du pays, a fait des centaines de milliers de victimes et laissé des millions de personnes sans abri.
À cette époque, le nourrisson vivait dans un orphelinat de Port-au-Prince. Alors que le bâtiment aurait pu s’effondrer, le petit garçon fait partie des enfants qui en sortent indemnes. Ce miracle marque le début d’un destin hors du commun.
Pendant ce temps, à plus de 6 000 kilomètres de là, Francisco et Astria Ramos, un couple argentin, poursuivent depuis plusieurs mois une procédure d’adoption. Le séisme bouleverse les démarches administratives et fait craindre le pire. Pendant plusieurs semaines, ils ignorent si le petit garçon qu’ils s’apprêtent à accueillir est toujours en vie.
Finalement, un mois après la catastrophe, Stephen peut quitter Haïti pour rejoindre sa nouvelle famille en Argentine. Il n’a alors que neuf mois.
Une nouvelle vie en Argentine
Installé à Buenos Aires, Stephen grandit comme n’importe quel enfant argentin. Il découvre une nouvelle langue, une nouvelle culture et une famille qui l’entoure d’affection.
Au fil des années, il s’intègre totalement à son pays d’adoption. Dans plusieurs entretiens accordés aux médias argentins, le jeune joueur confie qu’il se sent pleinement argentin. Il évoque avec le sourire les repas en famille, les traditionnels asados, les parties de truco ou encore les habitudes qui rythment la vie quotidienne du pays.
Il explique également n’avoir jamais ressenti le besoin de rechercher activement sa famille biologique, préférant se concentrer sur le présent et sur les personnes qui l’ont accompagné depuis son arrivée en Argentine.
Vélez Sarsfield, le club de son enfance
La passion du football apparaît très tôt. À l’âge de six ans, un voisin lui obtient un essai au Vélez Sarsfield, l’un des clubs les plus réputés d’Argentine pour la formation des jeunes joueurs.
Les entraîneurs sont rapidement convaincus par ses qualités. Rapide, explosif, à l’aise dans les un-contre-un, Stephen rejoint le centre de formation où il gravit progressivement tous les échelons.
Le club devient rapidement son deuxième foyer. Pendant plusieurs années, il suit même sa scolarité au sein des installations de Vélez, passant la majeure partie de ses journées à la Villa Olímpica. Il y noue de solides amitiés et développe un profond attachement envers l’institution.
Aujourd’hui encore, il affirme considérer Vélez comme sa seconde famille.
Pourquoi tout le monde l’appelle « Kiki »
Son surnom intrigue souvent les supporters. Beaucoup imaginent un clin d’œil à Kylian Mbappé, lui aussi réputé pour sa vitesse sur les ailes.
La réalité est beaucoup plus simple. Enfant, Stephen répétait constamment le son « qui, qui, qui ». Ses parents adoptifs ont naturellement commencé à l’appeler « Kiki », un surnom qui ne l’a plus quitté.
Un premier but avec l’Argentine
Les performances du jeune ailier dans les équipes de jeunes de Vélez finissent par attirer l’attention de Diego Placente, sélectionneur de l’Argentine U-17.
Convoqué lors d’un rassemblement de préparation à la Coupe du monde U-17 prévue au Qatar, Stephen Ramos connaît une semaine inoubliable.
Il dispute d’abord son premier match sous le maillot argentin, devenant le premier footballeur né en Haïti à représenter une sélection nationale masculine de jeunes de l’Argentine.
Quelques jours plus tard, lors d’un match amical face à l’Équateur, il inscrit son premier but avec l’Albiceleste. Une réalisation qui confirme les espoirs placés en lui et lui vaut une importante visibilité dans les médias sportifs argentins.
Des rêves à la hauteur de son talent
Comme beaucoup de jeunes joueurs, Kiki Ramos nourrit de grandes ambitions. Il espère intégrer prochainement l’équipe réserve de Vélez avant de faire ses débuts chez les professionnels.
À plus long terme, il rêve de porter un jour le maillot de la sélection argentine senior et de rejoindre un grand championnat européen.
Parmi ses modèles figurent deux stars du football mondial : Neymar, qu’il admire pour sa créativité, et Lionel Messi, qu’il considère comme le meilleur joueur de l’histoire.
Face aux critiques, il choisit de répondre par le football
L’émergence de Stephen Ramos intervient dans un contexte où certains observateurs étrangers relancent régulièrement le débat sur la diversité au sein du football argentin.
Interrogé sur les remarques liées à son origine ou à la couleur de sa peau, le jeune joueur affirme ne pas leur accorder d’importance. Depuis son enfance, explique-t-il, il préfère laisser parler son football plutôt que répondre aux critiques.
Cette maturité impressionne autant que ses qualités techniques.
Une fierté pour de nombreux Haïtiens
Même si son avenir international semble désormais s’écrire avec l’Argentine, Stephen Ramos demeure un enfant d’Haïti. Son parcours rappelle qu’un destin peut basculer grâce à une rencontre, à une famille et à une opportunité.
Pour de nombreux Haïtiens, son histoire est celle de la résilience. Celle d’un nourrisson rescapé de l’une des plus grandes catastrophes qu’ait connues le pays, devenu quelques années plus tard un espoir du football international.
À seulement 17 ans, le chemin reste encore long avant les sommets du football mondial. Mais une chose est déjà certaine : Kiki Ramos fait partie des jeunes talents à suivre de très près. Et, où qu’il joue demain, ses racines haïtiennes continueront de susciter la fierté de nombreux supporters.

Cherline Ades
Illustration et source : CNN
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